En 2021, le secteur éolien québécois a généré 2 562 tonnes de matériaux en fin de vie. D’ici 2030, RECYC-QUÉBEC prévoit que ce chiffre dépassera 124 000 tonnes par année, soit une hausse de cinquante fois en neuf ans. Cet article rassemble en un seul endroit, sources à l’appui, les chiffres clés derrière l’enjeu des déchets de pales d’éoliennes au Québec, parce que les décisions sur les infrastructures de recyclage se prennent maintenant et que leur qualité dépend de la visibilité de ces chiffres.
Points clés
- 1 985 éoliennes ont été installées au Québec depuis 1999; les plus anciennes atteignent maintenant la fin de leur durée de vie de 20 à 25 ans.
- Les matériaux du secteur éolien devraient passer de 2 562 tonnes (2021) à plus de 124 000 tonnes par année d’ici 2030, une hausse de 50 fois.
- Tous secteurs de la transition énergétique confondus, RECYC-QUÉBEC prévoit plus de 296 000 tonnes par année d’ici 2050, dont environ 49 % issus de l’éolien.
- Les pales – fibre de verre, fibre de carbone et résine thermodurcissable – sont aujourd’hui massivement enfouies, faute de filières de recyclage adaptées.
- Le Plan d’action 2035 d’Hydro-Québec prévoit 10 000 MW de nouvelle capacité éolienne, soit environ 1 500 éoliennes supplémentaires, ce qui prolonge la courbe des déchets bien au-delà de 2030.
Combien d’éoliennes compte le Québec, et quel âge ont-elles?
Le parc éolien commercial du Québec remonte à 1999, et 1 985 éoliennes ont été installées depuis. Une éolienne est conçue pour 20 à 25 ans de service, ce qui place la première génération de machines de la province en fin de vie dès maintenant : RECYC-QUÉBEC souligne que les parcs éoliens installés à la fin des années 1990 approchent de la fin de leur durée de vie estimée de 20 à 25 ans. Le démantèlement n’est pas une perspective hypothétique : il a commencé.
L’âge ne règle que la moitié de la question du calendrier. Les éoliennes quittent aussi le service de manière anticipée lorsque les exploitants renouvellent un site, en remplaçant d’anciennes machines par des machines moins nombreuses, plus grandes et plus efficaces; le flux de déchets suit donc autant la logique économique que l’ingénierie. Dans un cas comme dans l’autre, les matériaux doivent aller quelque part.
Que disent réellement les projections?
Les chiffres proviennent de l’étude de RECYC-QUÉBEC Matériaux de la transition énergétique : État de situation et pistes de solution, et ils sont abrupts à chaque horizon :
- 2021 : le secteur éolien a généré 2 562 tonnes de matériaux; l’ensemble des secteurs de la transition énergétique, un peu plus de 4 000 tonnes.
- 2030 : les matériaux du secteur éolien devraient dépasser 124 000 tonnes par année, une hausse de 50 fois par rapport à 2021. Tous secteurs de la transition confondus, le total atteint environ 142 000 tonnes.
- 2050 : les matériaux de la transition dépassent 296 000 tonnes par année, soit environ 70 fois le niveau de 2021, l’éolien représentant environ 49 % du total, devant les véhicules électriques à environ 47 %.
Deux caractéristiques de cette courbe méritent d’être soulignées. D’abord, l’éolien n’est pas un contributeur parmi d’autres : c’est le plus important flux de matériaux de la transition énergétique du Québec jusqu’en 2050. Ensuite, la partie la plus abrupte de la courbe se situe dans la décennie actuelle : le bond de 50 fois survient entre 2021 et 2030, ce qui signifie que la question de la capacité de traitement ne peut pas attendre 2040.

Pourquoi les pales finissent-elles à l’enfouissement?
De 85 % à 90 % de la masse d’une éolienne – la tour en acier, le câblage en cuivre, les composants de la chaîne cinématique – se recycle par des filières si matures qu’elles passent inaperçues. Les pales font exception. Fabriquée en fibre de verre et en fibre de carbone liées par une résine thermodurcissable, une pale est conçue pour résister à deux décennies de tempêtes sans défaillance structurelle, et la chimie qui lui confère cette durabilité résiste aussi au démontage : une résine thermodurcissable durcie ne peut pas être refondue comme le sont les métaux.
Résultat, selon l’analyse de RECYC-QUÉBEC : les pales constituent le principal obstacle au recyclage des éoliennes et, au Québec, elles sont aujourd’hui envoyées à l’enfouissement faute de filières adaptées. Les technologies qui pourraient changer la donne – transformation mécanique en granulats pour le béton, récupération des fibres, réemploi structurel – existent, mais surtout à l’échelle pilote. Deux d’entre elles sont actuellement testées au Québec dans le cadre du Défi Innovation Circulaire – Éolien, dont le projet pilote de HPSH, qui recycle les pales en matériaux pour le béton.
Dans quelle mesure le phénomène s’amplifiera-t-il après 2030?
De manière considérable. La stratégie de développement éolien d’Hydro-Québec vise plus de 10 000 MW de nouvelle capacité éolienne d’ici 2035 – l’équivalent d’environ 1 500 éoliennes supplémentaires dans le cadre du Plan d’action 2035 de la société d’État –, Hydro-Québec agissant comme maître d’œuvre des projets à grande échelle en partenariat avec les Premières Nations et les municipalités. Chacune de ces machines constitue une future inscription au registre des démantèlements, qui arrivera dans les années 2050 et 2060.
C’est le fait structurel que traduisent les projections : le Québec ajoute de la capacité éolienne plus vite qu’il n’en a jamais retiré, si bien que le flux de matériaux croît par les deux bouts, avec d’anciens parcs qui sont mis hors service et de nouveaux parcs qui engagent des volumes futurs. Une industrie du recyclage dimensionnée pour 2 562 tonnes ne peut pas simplement croître de façon linéaire pour atteindre 124 000 tonnes; elle doit être bâtie, financée et éprouvée dans l’intervalle.
D’où viennent ces chiffres, et que mesurent-ils?
La précision quant aux sources est importante ici, car deux séries de chiffres circulent et elles ne mesurent pas la même chose. Les chiffres propres au secteur éolien – 2 562 tonnes en 2021, puis plus de 124 000 tonnes par année d’ici 2030 – ne comptent que les matériaux de l’industrie éolienne. Les chiffres plus larges publiés dans l’étude de RECYC-QUÉBEC – un peu plus de 4 000 tonnes en 2021, environ 142 000 tonnes en 2030, plus de 296 000 tonnes en 2050 – couvrent l’ensemble des secteurs de la transition énergétique : éolien, solaire, hydrogène vert et mobilité électrique. Les deux séries sont cohérentes; l’éolien domine simplement le total au cours de la présente décennie, avant que les batteries de véhicules électriques ne le rattrapent vers le milieu du siècle.

Ce qui est compté comme « matériaux » est tout aussi précis : l’étude recense les composants qui arrivent en fin de vie – pales, tours, nacelles et systèmes électriques dans le cas de l’éolien –, et non les déchets d’exploitation. Les projections reposent sur l’historique des installations et la durée de vie des équipements, ce qui les rend exceptionnellement fiables pour des prévisions : les éoliennes qui seront mises hors service en 2030 sont déjà debout, leurs dates d’installation sont publiques et leur durée de vie est une constante d’ingénierie. Contrairement aux prévisions de demande, une courbe de démantèlement laisse peu de place aux surprises à la baisse.
Cette fiabilité mérite d’être soulignée pour quiconque planifie des infrastructures ou des politiques en fonction de ces chiffres. La hausse de 50 fois n’est pas un scénario : il s’agit en grande partie d’une arithmétique déjà engagée par le parc existant.
À quoi ressemblent 124 000 tonnes par année, concrètement?
Le tonnage abstrait masque la réalité opérationnelle; il vaut donc la peine de le traduire. Une pale d’éolienne de grande puissance pèse plusieurs tonnes et mesure de 40 à 70 mètres, voire davantage; elle ne peut pas circuler entière sur les routes ordinaires. Les équipes de démantèlement découpent les pales en sections transportables sur le site – une opération contrôlée qui fait appel à des scies à fil diamanté et à une gestion des poussières, car la poussière de composite présente un risque pour la santé au travail – avant que quoi que ce soit ne soit chargé sur un camion. Aux volumes projetés pour 2030, le Québec traiterait chaque année l’équivalent de plusieurs milliers de pales en matériau composite, chacune nécessitant une découpe, un transport et une cellule d’enfouissement ou une installation de traitement.
La géographie complique encore les choses. Les parcs éoliens du Québec sont concentrés dans certaines régions – la Gaspésie, le Bas-Saint-Laurent, la Seigneurie de Beaupré –, souvent à des centaines de kilomètres des infrastructures de traitement industriel. L’économie du transport détermine donc quelles voies de recyclage sont viables : un procédé qui n’est rentable que si les pales lui sont livrées gratuitement ne fonctionne pas à l’échelle de la province. C’est pourquoi les projets pilotes testent la logistique et les structures de coûts, et pas seulement la chimie, et pourquoi la capacité de traitement de la province doit être planifiée en fonction de la carte, et pas seulement de la courbe de tonnage.
Que signifient ces chiffres pour l’industrie du recyclage?
Vues comme un marché plutôt que comme un problème, les projections décrivent un approvisionnement en matière première qui sera multiplié par 50 au cours de la décennie, sur un territoire doté d’une électricité propre, d’une base industrielle établie et – fait inhabituel – d’une coalition coordonnée qui organise déjà la demande de solutions. Pour les entreprises du recyclage et des matériaux, la fenêtre stratégique correspond précisément aux années de faibles volumes : le savoir-faire de procédé acquis à quelques milliers de tonnes est ce qui rend une entreprise crédible lorsque les dizaines de milliers de tonnes arrivent.
C’est la logique qui sous-tend les projets pilotes en cours dans la province, ainsi que notre travail auprès des start-ups en technologies propres qui se développent dans ce domaine. Pour le cadre collaboratif plus large dans lequel s’inscrivent ces chiffres, consultez notre présentation du recyclage des éoliennes au Québec.