Les deux projets pilotes industriels lancés dans le cadre du Défi Innovation Circulaire – Éolien reposent sur 350 000 $ CA – et la composition de cette somme compte davantage que son montant. Sur le total, 135 000 $ proviennent de partenaires privés, 200 000 $ de sources publiques et 15 000 $ des start-ups lauréates elles-mêmes. Cet article explique comment ce montage a été réalisé, pourquoi les deux projets pilotes ont été financés différemment et ce que les partenaires corporatifs obtiennent réellement en échange de leur contribution.

Points clés

  • Les 350 000 $ se répartissent en 135 000 $ privés, 200 000 $ publics et 15 000 $ provenant des start-ups : aucun bailleur de fonds ne porte seul le risque du projet pilote.
  • Les deux projets pilotes reposent sur des montages opposés : le budget de 252 000 $ de HPSH est financé à 20 % par les Alliés de Mission et à 80 % par des fonds fédéraux et provinciaux; celui de 98 000 $ de FibeCycle, à 85 % par les Alliés de Mission et à 15 % par l’entrepreneur.
  • Les partenaires sont rétribués en données probantes : un rapport intérimaire (procédé, formulations, analyse des coûts) et un rapport final (résultats techniques, économiques et environnementaux, accompagnés d’un plan de déploiement).
  • La contribution des start-ups est modeste par conception, mais non nulle : il s’agit d’un prix d’engagement, et non d’une source de revenus.
  • Le montage reprend la logique de financement mixte que le Canada applique de plus en plus aux projets inédits, à des échelles bien plus grandes.

Pourquoi les projets pilotes industriels ont-ils besoin d’un financement sur mesure?

Parce que l’étape du projet pilote se situe précisément là où le capital privé est le plus frileux. Comme le souligne l’Institut climatique du Canada dans son analyse du financement mixte, les investisseurs hésitent lorsque les projets comportent d’importantes dépenses en immobilisations, des risques complexes et de longues périodes de récupération, et une première démonstration industrielle d’une technologie de recyclage non éprouvée réunit ces trois caractéristiques en miniature. La technologie fonctionne en laboratoire; reste à savoir si elle fonctionne avec une vraie matière première, à un coût réel et chez un véritable hôte industriel, et c’est exactement la question à laquelle le projet pilote doit répondre. Personne ne paie le plein prix pour une réponse qui risque de lui déplaire.

Les montages mixtes résolvent ce problème en laissant les fonds publics absorber la part du risque qui sert l’intérêt public – bâtir une industrie du recyclage avant l’arrivée de la vague de déchets – tandis que les partenaires privés paient pour la part qui les sert : un accès privilégié à la technologie et aux données. Le Canada applique déjà cette logique à grande échelle; l’Institut climatique cite l’investissement de 500 millions de dollars du Fonds de croissance du Canada dans le projet de captage de carbone de Strathcona, dont les rendements sont liés aux crédits carbone générés. Le Défi éolien applique le même principe à une échelle mille fois plus petite.

Comment les 350 000 $ ont-ils été réunis?

En trois volets, chacun ayant un rôle distinct :

  • Sources publiques – 200 000 $ (57 %). Le financement fédéral et provincial couvre la majeure partie du projet pilote le plus lourd, ce qui maintient la barrière à l’entrée basse pour les participants industriels dans un secteur où personne n’est encore responsable du problème des déchets.
  • Partenaires privés – 135 000 $ (39 %). Les Alliés de Mission – exploitants et fabricants éoliens, dont Boralex, EDF Solutions Électriques, Hydro-Québec, Innergex et Kruger Énergie – cofinancent les projets pilotes que leurs propres projections de démantèlement rendent nécessaires, la Banque Royale du Canada soutenant pour sa part le développement du programme.
  • Les start-ups – 15 000 $ (4 %). Une asymétrie délibérée : un montant assez élevé pour que les entrepreneurs aient du capital en jeu, mais assez modeste pour que leur participation ne déséquilibre pas le bilan d’une entreprise en démarrage.

À titre de comparaison, prenons les programmes publics canadiens de financement de projets pilotes : le programme BC Fast Pilot finance des démonstrations en technologies propres jusqu’à concurrence de 200 000 $ chacune et a investi 11,4 millions de dollars dans 87 projets pilotes depuis 2019, dans le but explicite d’aider les entreprises technologiques à démontrer leur impact en conditions réelles et à réduire le risque d’adoption auquel font face leurs clients industriels. Les budgets par projet pilote du Défi éolien se situent dans la même fourchette, et ce n’est pas un hasard : c’est à peu près ce qu’il en coûte pour faire passer une technologie de matériaux d’un résultat de laboratoire à des données industrielles crédibles.

Pourquoi les deux projets pilotes ont-ils été financés différemment?

Parce qu’ils présentent des profils de risque différents, et que le montage financier a tenu compte de cet écart.

HPSH – 252 000 $, 20 % Alliés de Mission / 80 % fonds fédéraux et provinciaux. La transformation des pales en matériaux validés pour le béton constitue le projet pilote le plus capitalistique, avec le plus long chemin vers la normalisation; les fonds publics en assument donc la majeure partie. Les 20 % des partenaires industriels assurent leur engagement – et leur donnent la priorité sur les résultats.

FibeCycle – 98 000 $, 85 % Alliés de Mission / 15 % entrepreneur. Un projet pilote plus léger, à la logique commerciale plus immédiate, financé principalement par les partenaires industriels appelés à en utiliser les extrants, notamment grâce à un accès prioritaire à la future capacité de recyclage de FibeCycle. Lorsque la valeur des données revient clairement à des entreprises identifiables, ce sont ces entreprises qui en paient la plus grande part.

Graphique comparant à l’échelle les budgets des deux projets pilotes : HPSH, 252 000 $, financé à 80 % par des fonds publics et à 20 % par les Alliés de Mission; FibeCycle, 98 000 $, financé à 85 % par les Alliés de Mission et à 15 % par l’entrepreneur

Un même défi, deux montages : la structure s’est adaptée à chaque technologie plutôt que de les faire entrer toutes deux dans un même gabarit. Cette souplesse est l’avantage concret de mener des projets pilotes au sein d’une coalition, comme le décrit notre étude de cas complète du défi, plutôt que de négocier chacun d’eux de façon bilatérale.

Pourquoi ne pas s’en remettre à un seul bailleur de fonds?

Chaque scénario à bailleur unique échoue d’une manière caractéristique, et le montage mixte existe pour éviter ces trois écueils à la fois.

Un financement entièrement public produit des projets pilotes sans voie d’adoption. Une subvention gouvernementale peut payer une démonstration, mais elle ne peut pas fournir un hôte industriel disposant d’une vraie matière première, une équipe d’ingénierie qui met le modèle de coûts à l’épreuve, ni un acheteur dont la décision d’approvisionnement s’appuiera sur les résultats. Les projets pilotes financés par des fonds publics qui font l’impasse sur la participation industrielle ont tendance à aboutir à des rapports plutôt qu’à des déploiements.

Un financement entièrement privé conduit à un sous-investissement, car les données issues des projets pilotes se comportent comme un bien public. Le premier exploitant à démontrer une voie de recyclage des pales assume l’intégralité du coût de la démonstration, tandis que tous ses concurrents profitent des connaissances acquises; des exploitants rationnels attendent donc qu’un autre fasse le premier pas, et personne ne bouge collectivement. Le cofinancement public compense précisément cette logique de resquilleur.

Un financement entièrement assumé par la start-up relève de la pure fiction comptable à ce stade. Une entreprise de matériaux en démarrage ne peut pas porter une démonstration d’un quart de million de dollars à son bilan et, même si elle le pouvait, des données produites entièrement sous son propre contrôle auraient moins de poids auprès de ses futurs investisseurs et clients que des résultats obtenus devant des partenaires industriels, sur des sites industriels.

Autrement dit, le montage mixte n’est pas un compromis entre sources de financement : c’est la seule structure dans laquelle le projet pilote produit des données probantes auxquelles toutes les parties ont des raisons de se fier et sur lesquelles elles peuvent agir.